Bibliothèques de Lyon : Un tremplin discret mais puissant pour l’inclusion des aînés isolés

1 septembre 2025

Les seniors, premiers publics des bibliothèques lyonnaises : chiffres et réalité d’usage

À Lyon, le réseau des bibliothèques municipales, avec sa « Bibliothèque municipale de Lyon » (BML) et ses 15 établissements de quartier, s’adresse à tous les habitants, sans distinction d’âge. Or, les seniors représentent, selon les rapports annuels de la BML (Ville de Lyon), entre 17 et 20% des usagers réguliers ; un pourcentage notable, supérieur à leur part dans la population totale (environ 16% des Lyonnais ont plus de 65 ans selon l’INSEE 2021).

Certains quartiers, parmi les plus âgés de la ville (Montchat, le Point du Jour, Croix-Rousse), voient même la fréquentation senior dépasser 25%. Ce public, longtemps dépeint comme « fidèle » et discret, est aujourd’hui reconnu comme porteur de besoins spécifiques :

  • Recherche d’activités à la fois culturelles et sociales
  • Besoins accrus de convivialité et de rencontres
  • Difficultés parfois accrues face aux outils numériques
  • Fragilité vis-à-vis de l’accès à l’information (droits, services…)

Derrière ces chiffres, une réalité : pour de nombreux aînés, notamment ceux qui vivent seuls (près de 40% des seniors de Lyon selon l’Observatoire régional de la santé), la bibliothèque est l’une des rares sorties régulières, gratuite et accessible.

Un accès à l’information et aux droits adapté aux besoins des aînés

Pour une part croissante de seniors isolés, la dématérialisation des services publics aggrave le sentiment d’exclusion. À Lyon, les bibliothèques municipales jouent un rôle tampon, en proposant :

  • Des espaces d’accompagnement au numérique : Ateliers pour apprendre à utiliser un ordinateur, aide à la navigation sur Internet, soutien aux démarches administratives en ligne… Les dispositifs d’aide individuelle, comme le « Rendez-vous numérique » (BML), sont largement investis par les seniors, en particulier aux bibliothèques du 7e et du 8e arrondissement.
  • L’accueil et l’orientation par des bibliothécaires formés : À la bibliothèque de la Part-Dieu ou dans les plus petites annexes, des professionnels sont formés à déceler la « fracture numérique » et à orienter vers les bons interlocuteurs (services sociaux, écrivains publics, permanences de conciliateurs…).
  • Ressources documentaires adaptées : Ouvrages en grands caractères, audiolivres, revues spécialisées sur la retraite ou les droits des personnes âgées.

Ce rôle « d’aiguillage » et d’appui, trop peu valorisé, est pourtant décisif à l’heure où 44% des 70-79 ans déclarent avoir des difficultés significatives avec Internet (Baromètre du numérique 2023, ARCEP).

Des programmes d’activités et d’animations qui créent du lien

Si la culture est le fil rouge, les bibliothèques lyonnaises se distinguent surtout par la diversité de leurs actions à destination des seniors isolés. On peut citer :

  • Les clubs de lecture : Comme ceux de la bibliothèque du 5e, où des groupes d’une douzaine de personnes débattent chaque mois autour d’un roman, d’un témoignage ou d’un classique, souvent avec un café partagé. Ici, on vient autant pour lire que pour échanger et rompre la solitude.
  • Les ateliers mémoires : Particulièrement investis à la médiathèque de Vaise et à la bibliothèque du 8e, ces ateliers conjuguent stimulation cognitive, échanges conviviaux et découverte de nouvelles méthodes (jeu, écriture créative, généalogie…).
  • Les projections et conférences : Rencontres d’auteur·ices, débats, projections-débats en partenariat avec des associations de quartier. Une attention particulière est portée à la participation des aînés, avec des horaires adaptés et un accueil personnalisé.

Ces activités, souvent gratuites, ne sont pas réservées à un public identifié « senior » mais elles leur sont particulièrement accessibles, et les équipes sont vigilantes à la question de l’inclusion. « Nous faisons de l’accueil personnalisé, certains seniors viennent chaque semaine et certains ne viennent que pour discuter », témoigne une bibliothécaire de Gerland (source : Point d’Appui Lyon 7).

Accueil, accessibilité et lutte contre l’auto-exclusion

Pour que les personnes âgées osent pousser la porte, plusieurs aménagements facilitent leur venue :

  • Accessibilité physique : Toutes les bibliothèques lyonnaises principales sont accessibles PMR. Les sièges, tables et rayonnages ont été aménagés pour permettre une circulation la plus facile possible.
  • Prêts à domicile pour les personnes en perte d’autonomie : Le service « À domicile » mis en place par la BML propose la livraison et le retrait de livres à domicile pour les personnes ne pouvant plus se déplacer – plus de 300 personnes bénéficient du service chaque année (BML, chiffres 2023).
  • Focus sur la bienveillance de l’accueil : À leur arrivée, les visiteurs sont rapidement orientés ; une attention particulière est portée à l’attitude du personnel : sourire, disponibilité, et absence de jugement contribuent à casser les barrières psychologiques parfois importantes chez des personnes âgées isolées et peu habituées à fréquenter des lieux publics.

Une enquête de l’Observatoire des bibliothèques (2022) relevait ainsi que la perception d’un accueil bienveillant est, pour les seniors, le premier critère d’attachement au lieu devant le choix des collections.

Des partenariats innovants pour toucher les aînés les plus isolés

Pour que l’inclusion ne reste pas un vœu pieux, les bibliothèques lyonnaises coopèrent avec une multitude d’associations et de services sociaux. Quelques initiatives marquantes :

  • Les relais avec les EHPAD et Résidences seniors :
    • La BML a mis en place des « bibliothèques hors les murs » : dépôts réguliers de livres en maisons de retraite, ateliers lecture animés sur place, et adaptation du choix d’ouvrages selon les suggestions des résidents.
    • À Gerland et au Point du Jour, des bibliothécaires interviennent chaque mois dans les établissements partenaires, en lien avec les équipes d’animation.
  • Partenariat avec des associations locales :
    • En tête, l'association Petits Frères des Pauvres, qui favorise la venue en groupe de seniors fragilisés.
    • Collaboration avec l'association "Ensemble demain, la Retraite active", pour la co-organisation d’ateliers et rencontres, en particulier lors du Mois des seniors.
  • L’essor des bénévoles « passeurs de lecture » :
    • Des retraités, après une courte formation, proposent des lectures à voix haute à domicile pour d'autres aînés immobilisés, renforçant ainsi la solidarité de proximité.

Ce maillage d’actions rend la bibliothèque plus « mobile » et davantage à la portée de ceux que l’isolement tient éloignés de la vie sociale.

Favoriser la reconnaissance et la participation des aînés : l’exemple du Conseil des usagers

À Lyon, la concertation avec les seniors progresse : la BML a lancé en 2019 un « Conseil des usagers » où siègent des personnes de plus de 60 ans. Le rôle de ce conseil ?

  • Exprimer les besoins spécifiques des aînés (choix des horaires, acquisition d’ouvrages adaptés, suggestions d’animations)
  • Faire le lien entre les associations d’aidants et la bibliothèque
  • Organiser, une fois par an, une rencontre sur le thème « Bien vieillir à Lyon » dans au moins cinq médiathèques du réseau

Ce travail de co-construction encourage l’engagement citoyen des seniors. Ils ne sont plus seulement bénéficiaires de l’action sociale, mais co-acteurs du lien social dans leur quartier.

Témoignages : des paroles de seniors lyonnais sur la « bibliothèque refuge »

Plusieurs enquêtes locales (notamment celle de la Métropole de Lyon, 2022, data.grandlyon.com) comportent des verbatims qui illustrent le rôle clé des bibliothèques dans l’inclusion sociale :

  • « Sans la bibliothèque, je n’aurais plus qu’une course au supermarché pour voir du monde dans la journée. Ici, même si je ne parle pas longtemps, je me sens vue et considérée. »
  • « Quand je me suis mis à Internet tard, c’est la bibliothécaire qui m’a réellement montré comment faire pour écrire à mes petits-enfants. Je me suis sentie moins bête. »
  • « Les rencontres lecture, c’est le seul endroit où j’ose parler de moi. Je n’y viens pas tant pour la lecture que pour le fait d’exister avec d’autres ».

Ces propos, souvent recueillis lors de groupes d’expression, révèlent à quel point la bibliothèque peut devenir un « tiers-lieu » pour celles et ceux que la retraite ou la perte de réseau social a isolés.

Vers des bibliothèques toujours plus inclusives : enjeux et perspectives

À l’heure où le vieillissement de la population s’accélère (près de 1 Lyonnais sur 5 aura plus de 65 ans en 2030 selon les projections INSEE), les bibliothèques municipales lyonnaises seront, plus que jamais, sollicitées sur leur « fonction sociale ». Parmi les enjeux soulignés par les acteurs de terrain :

  • Former davantage de référents seniors au sein des équipes
  • Accroître l’accessibilité des outils numériques par une médiation personnalisée
  • Renforcer la dynamique partenariale pour aller toucher les « invisibles »
  • Soutenir des projets intergénérationnels, notamment autour de la transmission et de la mémoire des habitants
  • Poursuivre l’évolution des horaires et des modes d’accueil pour répondre à la diversité des situations

Des lieux ressources, moteurs d’initiatives à imaginer ensemble

Les bibliothèques municipales de Lyon ne se contentent pas de prêter des livres : elles tissent, à l’échelle des quartiers, des liens qui préviennent la solitude et restaurent la confiance en soi et en autrui. En travaillant avec les associations, les aidants, et surtout les seniors eux-mêmes, elles deviennent des pivots essentiels de notre solidarité locale. Soutenir leur évolution et encourager la participation des aînés, c’est investir dans une ville plus humaine et résiliente, pour aujourd’hui et pour demain.

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